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“Affaire des “clandestins”: Moroni lève le pied

Dans ce communiqué, pas un mot de regret sur les milliers de Comoriens qui périssent en mer, pas un mot sur les conditions de détention inhumaines à Mayotte au centre de rétention ou à la prison de Majicavo, pas un mot sur le dernier rapport français qui conclut à une responsabilité de la Police des frontières sur la collision avec un Kwassa et qui a entraîné dans le fond des mers mahoraises, femmes et enfants. En agissant de la sorte, les responsables politiques en charge de ce dossier violent la constitution. Ni plus, ni moins.

Dans les mêmes conditions que sous le rebelle Mohamed Bacar, les avions de la compagnie Comores Aviation, déversent à Anjouan les expulsés, chassés, pour le seul motif qu’ils sont nés à Anjouan, Mohéli et Ngazidja. Le pouvoir intérimaire à Anjouan, reprend les mêmes pratiques du rebelle Bacar. Le  gouvernement comorien avait pourtant décidé, après la fuite couverte du colonel Mohamed Bacar à Mayotte, puis à la Réunion, (note  N°08/224), d’interdire ‘‘strictement toute agence de voyage, aérienne ou maritime, nationale ou étrangère, de transporter des comoriens dits “clandestins" à partir de Mayotte jusqu’à nouvel ordre’’. La note de service avertissait : ‘‘tout contrevenant s’expose à des sanctions, notamment le refoulement de ses passagers vers le lieu d’embarquement’’. C’est l’inverse qui s’est produit. 

Depuis l’établissement du visa d’entrée à Mayotte par le premier ministre français, Edouard Balladur en novembre 1994, les Comoriens des trois îles partent en Kwassa Kwassa pour joindre ‘‘clandestinement’’ leurs familles, priant de ne pas rencontrer les vedettes rapides de la Police de l’air et des frontières ( la Paf), patrouillant la zone à leur recherche.

Douche froide

Plus de 4000 personnes périront dans le bras de mer qui sépare Anjouan de Mayotte. Leurs embarcations de fortune couleront mystérieusement jusqu’au dernier en date dont une commission française de la déontologie et de la sécurité a révélé les causes dramatiques de la collision qui a provoqué le drame. Mayotte reprendra, selon les conclusions des dernières réunions, le quota de 200 personnes expulsées par semaine qui a été fixé par le gouvernement français.

La décision prise par le président Sambi de stopper ces expulsions humiliantes, avait redonné espoir aux Comoriens qui croyaient enfin à une volonté politique d’aborder la question de Mayotte dans sa globalité.

Le communiqué du ministère des Relations extérieures déçoit. D’abord parce que les discussions ont été recadrées, pour que le litige territorial qui oppose les Comores et la France sur Mayotte ne soit pas au menu. ‘‘Les discussions ouvertes, indique le communiqué du Mirex, entre la France et l’Union des Comores souhaitée par les deux présidents le 28 septembre 2007 à Paris, en vue de la reprise effective de notre coopération, notamment la mise en œuvre du document cadre de partenariat et la question de la libre circulation des biens et des personnes’’. Une douche froide. La mission conjointe Elysée-Quai d’Orsay a entamé des discussions qui touchent aux préoccupations de la France : celles de continuer à renvoyer les comoriens de Mayotte en accordant, en contrepartie, des facilités d’obtention de visa Schengen. Dans les coulisses, on sort des arguments ridicules d’une menace de ‘‘rupture des négociations avec le Fmi’’, jusqu’ici parrainées par la France, ou ‘‘une dénonciation des accords monétaire’’.

La contrepartie française? Elle va consentir à ‘‘faciliter la délivrance pour Mayotte de visas de circulation pour les hauts fonctionnaires comoriens, pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service bénéficiant de la même facilité pour l’espace Schengen, ainsi que pour les hommes d’affaires et les artistes’’. Et comme le ridicule ne tue pas, la délégation française s’engage à faciliter ‘‘l’octroi de visas de court séjour pour les participants à des événements culturels, sportifs et religieux (mariages et enterrements)’’ et ‘‘la délivrance de visas de travail pour tout travailleur comorien titulaire d’un contrat de travail visé par la Dtefp’’.

De la France, les Comores obtiendront l’engagement de tenir ultérieurement une autre réunion pour ‘‘étudier les modalités pratiques devant lever toutes les contraintes à la libre circulation des biens et des personnes entre les îles sœurs de l’archipel des Comores’’. Ce Groupe de Travail étudiera ‘‘des questions relatives au regroupement familial (Couples Mixtes et Dossiers traités par l’Anaem), aux visites familiales, et aux travailleurs saisonniers’’. Dans ce communiqué, pas un mot de regret sur les milliers de Comoriens qui périssent en mer, pas un mot sur les conditions de détention inhumaines à Mayotte au centre de rétention ou à la prison de Majicavo, pas un mot sur le dernier rapport français qui conclut à une responsabilité de la Police des frontières sur la collision avec un Kwassa et qui a entraîné dans le fond des mers mahoraises, femmes et enfants.

En agissant de la sorte, les responsables politiques en charge de ce dossier violent la constitution. Ni plus, ni moins.

Ahmed Ali Amir

Journal Al Watwan

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Moroni Comores

 
 
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