Ce n’est pas motivant de travailler pour un ‘‘salaire de misère’’ dans un environnement marqué par la désolation et face à des situations humaines dramatiques. A l’occasion de la journée internationale des sages-femmes, nous revenons sur les conditions de travail difficiles, de celles qui sont chargées de faire venir au monde nos bébés.
En célébrant la journée internationale des sages-femmes lundi, l’association des sages-femmes comoriennes a mis en exergue les difficultés quotidiennes de ces femmes chargées de protéger la santé des bébés et des mamans. Difficultés morales et matérielles qui leur paraissent parfois insolubles. Dépassées, certaines ont fini par rendre la blouse : ‘‘Des collègues ont fini par quitter la profession pour se reconvertir dans d’autres métiers parce qu’elles n’en pouvaient plus de supporter le stress quotidien lié à l’exercice de cette profession à El-Maarouf’’, a admis Ramlata Hassane, secrétaire générale de l’association des sages-femmes, lundi.
Aussi pour nouer les deux bouts, elles se débrouillent comme elles peuvent. Des visites privées par ici ou par là. Celles qui ont acquis suffisamment de notoriété sont parfois contactées pour suivre, dans le cadre d’un contrat privé, des femmes enceintes depuis le début de la grossesse jusqu’à l’accouchement. Si tout se passe bien alors la sage-femme engagée peut gagner entre 30.000 FC à 50.000 FC pour ce service selon la cliente. Mais ce bonus est, évidemment, un privilège que beaucoup n’ont pas. Et elles broient du noir. ‘‘J’aimais ce métier. Mais je ne vous cache pas que je cherche à changer de profession. Peut- être aller dans l’administration. Il n’est pas normal de passer toute ma vie à gagner un salaire de misère pour un travail aussi harassant’’, confie une autre sage-femme qui préfère garder l’anonymat.
L’une des dures épreuves pour ces femmes chargées de faire venir au monde nos bébés, c’est l’accueil des mamans au point d’accoucher qui se présentent au service de la maternité sans avoir jamais consulté un spécialiste tout au long de leur grossesse. Car, malgré les multiples campagnes de sensibilisation en faveur de la maternité sans risque, de plus en plus de Comoriennes arrivent à la fin de leur grossesse sans avoir jamais vu de sage-femme donc, sans carnet de santé et, donc, sans la moindre information sur leur état réel.
Face à de tels cas, la sage femme de garde doit improviser, faire faire en urgence des analyses, des échographies (la machine qui effectue les échographie à l’hôpital est en panne depuis des lustres). Donc il faut amener la femme en travail hors de l’hôpital dans un contexte d’urgence. ‘‘Il nous arrive souvent de devoir faire face à des situations dramatiques simplement parce qu’une femme a des complications qu’elle aurait pu éviter si elle avait les visites normales’’, déplore l’infirmière-major, Fatima Ali Mohamed. ‘‘Nous-mêmes, ces cas nous font peur. Mais nous essayons de faire ce que nous pouvons.’’
Parmi ces femmes sans carnet de santé, il y a de vraies indigentes. Mais il y a aussi des personnes qui ne sont pas aussi pauvres et qui auraient pu payer leurs visites. Par inconscience peut-être, elles décident de se passer des consultations pré-natales.
Des jeunes femmes sont mortes à cause de cela. S’agissant des équipements, la maternité de El-Maarouf compte six tables et quatre boites d’accouchement. Il est demandé aux patientes de venir avec un morceau de toile cirée pour couvrir la table d’accouchement et empêcher les écoulements de sang au travers de l’éponge et les odeurs qui en découlent. ‘‘Six lits c’est insuffisant pour une maternité qui reçoit des femmes qui viennent des autres coins du pays. Nous recevons mêmes des femmes évacuées d’Anjouan et de Mohéli’’, affirme encore le major, Fatima. En moyenne, dix accouchements se déroulent à El-Maarouf par jour.
Autre fait insoutenable pour ces professionnelles de la santé de la reproduction : ‘‘les cas de femmes en train d’accoucher et dont les familles ne sont pas en mesure d’acheter les médicaments et matériels demandés’’. Avant, le service de maternité disposait de kits de réserve pour les cas d’urgence. ‘‘On pouvait alors utiliser le kit pour une patiente. Elle nous le rembourse ensuite et nous remplaçons les produits utilisés. Mais certaines sont si pauvres qu’elles ne pouvaient pas rembourser. La conséquence est que nous n’avons plus de kit de secours du tout. Et les personnes qui viennent accoucher doivent tout acheter. Absolument tout’’, prévient le major.
Ali Moindjie |