Souvent pénalisée par les lois françaises pour avoir transporté des voyageurs irréguliers vers la France, la compagnie Yemenia exprime son agacement et le dit dans un courrier à parvenir aux autorités aéroportuaires comoriennes. Dans la foulée, elle a décidé d’imputer tout montant qui lui serait prélevé par la France à l’aéroport d’origine du voyageur. Des montants, est-il précisé dans cette véritable missive, qui ‘‘seront prélevés directement sur les redevances aéroportuaires pour pallier aux préjudices’’.
La compagnie aérienne Yemenia a violemment protesté contre ce qu’elle appelle une ‘‘complicité’’ des autorités de l’aéroport international Prince Saïd Ibrahim. Elle l’a dit dans un courrier du 15 avril à la suite de ‘‘nombreuses lettres restées sans réponse adressées aux autorités locales’’ au sujet de passagers qu’elle qualifie d’inadmissibles qui lui causent bien de dommages auprès des autorités françaises. Dans ce courrier, Yemenia rappelle les ‘‘protocoles d’accord signés entre les deux parties stipulant les efforts que l’Etat comorien mettra en place pour stopper ces fléaux’’. Les fléaux, en question, lit-on entre les lignes sous une écriture empreinte d’une pudeur certaine, sont les ‘‘passagers aux multiples faux documents’’ qui ont toujours bénéficié de ‘‘la complicité de ceux-là même… censés les arrêter’’, à savoir les policiers de l’air et des frontières.
Agacée, la direction de Yemenia dit ‘‘perdre l’une des raisons de [son] existence aux Comores’’ parce qu’elle verse ses ‘‘maigres recettes pour des pénalités’’ payées en France, à chaque vol à bord duquel il est découvert un passager irrégulier en provenance de l’aéroport comorien.
‘‘La direction de Yemenia a décidé d’imputer’’, dès le mois de mai prochain, tout ‘‘montant qui lui serait prélevé par la France à l’aéroport d’origine du voyageur’’, a averti la compagnie dans sa missive aux autorités aéroportuaires comoriennes. Lesdits montants, est-il précisé, dans ce courrier, seront ‘‘prélevés directement sur les redevances aéroportuaires pour pallier les préjudices subis’’ avec pièces justificatives à l’appui c’est-à-dire ‘‘la note de débit envoyée par la France jointe à chaque opération’’.
Yemenia conclut son courrier par un conseil judicieux pour tous mais qui ne serait pas sans ‘‘léser’’ les passeurs cachés au sein de la police de l’air et des frontières (Paf) protégeant les passagers ‘‘aux multiples faux documents’’. Selon certaines informations, très souvent ces policiers ripoux qu’on dit nombreux au sein de la Paf, accompagneraient ces voyageurs irréguliers à la passerelle pour leur éviter tout ennui.
“”Poreuse à volonté...”
A l’Aimpsi, on ne dit mot, en réaction à la lettre de Yemenia. Hier, dimanche, le directeur est resté injoignable au téléphone et des collaborateurs que nous avons touché disent ignorer le numéro de son mobile. ‘‘Tout le monde est au courant de cette malheureuse situation à l’Aimpsi’’, a dit un agent de l’Asecna sous couvert d’anonymat. ‘‘Quand les choses se corsent dans le passage des irréguliers, a-t-il poursuivi, les chefs de la Paf mutent les agents indélicats et sans plus. Pas de sanction et les nouveaux venus entrent dans le jeu. C’est ainsi depuis des années et cela ne semble pas prêt de s’arrêter’’.
Il faut dire que sous les cocotiers, si Mmagaza, le chroniquer de La Gazette me prête le mot, la Paf s’est toujours voulue ‘‘poreuse’’. Dans un passé récent, une altercation entre des gendarmes de la brigade aéroportuaire et policiers de la Paf avait fini par un échange de coups de poing entre les deux camps. Cela à la suite du retour d’un voyageur irrégulier refoulé de Paris. Ses hommes traitants voulaient le récupérer à sa descente d’avion pour lui éviter de tomber dans les mains des ‘‘concurrents’’ et révéler ce qui s’est passé. Ils voulaient éviter le scandale qu’ils n’ont su arrêter malgré tout. La publication de l’info à la Gazette a valu, souvenons-nous, à son directeur de passer quelques heures dans les locaux de la direction nationale de la sûreté du territoire.
Sous le précédent régime, de hauts gradés et autres hautes personnalités de la République semblaient avoir fait de l’aéroport de Hahaya une chasse gardée pour ce que Yemenia a dévoilé dans son courrier. Pour des millions de francs, ces hauts dignitaires auraient fait franchir la frontière à bien de voyageurs irréguliers sans document de voyage valable ou avec des faux.
‘‘La bataille était rude entre eux car chacun voulait garder le monopole de ce ‘marché’ juteux’’, a déclaré un agent. Selon lui, ces dignitaires ‘‘faisaient des mains et des pieds pour faire nommer leurs hommes liges à la Paf’’.
Si avec l’arrivée de Sambi à la tête de l’Etat, certains de ces policiers ripoux ont été mutés, d’autres ont su, retournement de veste aidant, rester immuables et continuent à sévir. Et les pratiques d’antan de se poursuivre. Yemenia paie les pots cassés et la facture jusqu’à ce que cela devienne insupportable. Par cette lettre, elle ne fait que dire tout haut ce qu’elle a ruminé tout bas des années durant.
M. Hassani |