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26 janvier 2009
Ambassade des Comores à Paris : organiser la diaspora comorienne

Diaspora-comorienne
A combien s’élève le nombre exact de ressortissants comoriens en France? Même à l’ambassade des Comores à Paris, le chiffre varie d’un responsable à un autre. ‘‘On parle de 200 000 Comoriens, selon des statistiques du ministère français des Affaires étrangères’’, nous a déclaré El-Anrif Said Hassane, chargé de la diaspora à l’ambassade. Il estime cependant que ce chiffre est ‘‘gonflé’’. ‘‘Nous sommes environ 100 000 Comoriens. J’ai eu, par le passé, à animer des manifestations de la diaspora et le pic de mobilisation jamais atteint jusqu’ici se situe autour de trois mille personnes’’, a-t-il ajouté. Le conseiller Mohamed Idarousse, en poste à Paris depuis plus d’une vingtaine d’années, pense, lui, que ces dix dernières années, le nombre de ressortissants comoriens dans l’Hexagone a littéralement explosé. C’est aussi l’avis de Toihir Said Nassur qui vient de consacrer son sujet de Master 2 à l’étude de la diaspora comorienne en France. ‘‘Les statistiques du Quai d’Orsay ne doivent normalement souffrir d’aucune remise en cause. La France a beaucoup d’outils de mesure de cette diaspora, notamment la préfecture de Nantes’’, dit-il.
Au-delà de cette bataille de chiffres, il faut dire que l’ambassade mène aujourd’hui un travail sous-terrain de structuration de la diaspora, jusqu’ici inorganisée. ‘‘Ici, il existe à ce jour autant d’associations que de villages aux Comores. Cela crée un désordre. Ce repli sur soi-même n’est pas de nature à enclencher une dynamique nationale de développement’’, regrette Hassane Mohamed, étudiant en sociologie à Paris. Cette transposition en France de la culture nationale, qui porte en elle ce fort sentiment d’appartenance à sa communauté d’origine, nuit à cette nécessaire synergie.

Réussite scolaire

D’où la volonté de l’ambassade des Comores de renverser cette tendance, en tout cas d’amorcer un embryon de cadre de concertation entre les Comoriens de France. ‘‘Nous n’avons pas le choix. La diaspora représente 23% de la population générale. Et toutes les catégories sociales sont ici : étudiants, parents, cadres supérieurs, artistes, etc.’’, indique Said Hassane, qui appelle l’Etat à ‘‘prendre acte de cette diversité’’ pour proposer des services adaptés aux besoins de chacune de ces catégories.
Dans une étude qu’il a adressée au ministère comorien des Relations extérieures et à l’ambassadeur des Comores à Paris, El-Anrif Said Hassane propose de rationaliser les ressources humaines dont dispose la diaspora pour organiser des conférences, séminaires, et débats ou encore orienter, encadrer et assister les jeunes étudiants en France. ‘‘On constate, par exemple, que les familles comoriennes ne sont pas au fait de toutes les opportunités que propose le système éducatif en France. Or, la connaissance de ce système est pourtant un élément fondamental de la réussite scolaire’’, poursuit encore Said Hassane.
L’ambassade entend également jouer un rôle d’aiguillon pour canaliser des financements vers les Comores en proposant un service d’information sur les opportunités d’investissement aux Comores. ‘‘Une coopération avec la chambre de commerce franco-comorienne permettrait une grande efficacité’’ estime un responsable de la Rue Marbeau, siège parisien de l’ambassade des Comores.

Prendre conscience

Tout le monde sait que la diaspora comorienne représente aujourd’hui une manne financière importante comme en témoignent les statistiques.
Selon une étude de la Banque africaine de développement (Bad) en date de janvier 2008, les transferts d’argent effectués dans le réseau formel en 2005 s’élèvent à 70 millions d’euros, soit 35 milliards de Fc, ils représentent 24% du Pib national, plus de 140% du budget annuel de l’Etat comorien et 346% de l’aide publique au développement. ‘‘Pourquoi ne pas faire en sorte que des membres de cette diaspora prennent des actions directes dans des sociétés locales’’, se demande toujours El-Anrif Said Hassane.
Encore faut-il que les autorités comoriennes prennent conscience du rôle majeur de la diaspora comorienne. Ce qui, à en croire de nombreux ‘‘Je-viens’’ est loin d’être le cas. ‘‘Les vacances d’été aux Comores ressemblent presque à un voyage en enfer pour bon nombre de ressortissants comoriens. Non seulement il manque de tout et l’économie tourne au ralenti, mais les tracasseries administratives sont insupportables’’, nous a dit Ibrahim Kassim, qui dispose d’une unité commerciale dans la banlieue parisienne. A en croire Soilha Said Mdahoma, franco-comorienne aujourd’hui installée à Moroni, le poids de la diaspora ‘‘n’est plus à démontrer mais elle n’est reconnue que pendant les campagnes électorales’’.
Très malheureusement.

Mohamed Inoussa
Envoyé spécial à Paris

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